Relations internationales
Le travail du Grand Conseil des Cris à l’échelle internationale remonte à 1980, alors qu’il est devenu évident que le Canada et le Québec n’appliqueraient pas la Convention de la Baie James et du Nord québécois de façon simple et adaptée aux besoins des communautés. À l’époque, le Canada refusait de respecter ses obligations concernant l'habitation, les systèmes d’égout et d’aqueduc, ainsi que d’autres aspects du développement communautaire et économique. Le Québec, quant à lui, s’est habilement défilé de toute responsabilité en la matière à l’égard des terres de catégorie 1 qui, à son avis, relevaient du fédéral. Les Cris se sont donc tournés vers le pape, tout en examinant divers forums internationaux susceptibles d'imposer au Canada et au Québec des normes universelles en matière de relations avec eux.
Le travail entamé dans les années 1980 a permis au Grand Conseil d’être accrédité en tant qu’organisme non gouvernemental (ONG) et de jouir d’un statut consultatif officiel auprès du Conseil économique et social des Nations Unies. Le GCC a alors commencé à travailler avec le nouveau groupe de travail de l’ONU sur les droits des populations autochtones. De plus, le Grand Conseil a collaboré avec l’Organisation internationale du travail (OIT) à l'instrument d'amendement en relations avec les populations autochtones. MM. Ted Moses et Robert Epstein y ont pris une part particulièrement active, même si plusieurs dirigeants cris ont, au cours des années, participé aux représentations du Grand Conseil.
Une des premières initiatives du Canada et d’autres États a été de remplacer, dans le Projet de déclaration sur les droits des peuples autochtones, les références aux peuples indigènes par les expressions « populations » autochtones ou « peuple » (singulier) autochtone. Le but recherché était de miner ainsi le statut collectif des peuples autochtones sur le plan du droit international afin, entre autres, de leur enlever le droit à l’autodétermination reconnu dans le Pacte international relatif aux droits civils et politiques. Le fait est particulièrement cocasse, le Canada reconnaissant pourtant les droits des « peuples autochtones » dans sa propre constitution.
Parmi d'autres batailles notoires des années 1980, on retrouve celle où le Canada, niant l’existence de traités avec les peuples autochtones, voulait bannir toute référence aux traités dans les actes internationaux pour utiliser plutôt l'expression « ententes internes ».
C’est le genre de batailles qu’on retrouve typiquement à l’échelle internationale depuis 20 ans, et qui se poursuivent toujours d'ailleurs.
Au fil des ans, le Conseil a collaboré à un grand nombre d'événements et de travaux d'organismes à l'échelle internationale :
- avec l’Organisation des États américains et son instrument interaméricain sur les droits des peuples autochtones;
- avec l'ONU, où M. Moses a représenté le Conseil à la conférence de l'organisme sur l’autonomie gouvernementale qui a eu lieu à Nuuk, au Groenland, en 1991, et qui a vu l’adoption d’une résolution appuyant le droit autochtone à l’autodétermination;
- avec l’ONU également à la Commission des droits de l'homme sur le statut et les droits des Cris de la Baie James, dans le contexte de la séparation du Québec du Canada, et le non-respect des droits des peuples autochtones en raison de la politique canadienne d’extinction;
- au Sommet de la terre de Rio, à la Conférence des Nations Unies sur l'environnement et le développement;
- à Amsterdam, au Tribunal international de l’eau, devant lequel le Conseil a porté les projets de la Baie James 2 et l’évaluation de leurs répercussions sur l’environnement;
- à la Conférence mondiale sur les droits de l’homme, à Vienne, à laquelle M. Moses a été choisi, en 1992, pour représenter l’ensemble des peuples autochtones de l’Amérique du Nord et où il a été le premier à proposer un forum permanent pour les peuples autochtones au sein de l’ONU;
- avec le Parlement européen, devant lequel le Conseil a, en 1994-1995, fait des représentations au sujet du projet interdisant l’importation de fourrures en raison des pièges en acier utilisés;
- à la conférence de 1996 sur l’établissement du conseil australien sur la réconciliation autochtone à Melbourne, en Australie, à laquelle l’Ambassadeur cri, M. Moses, avait été invité à participer;
- au premier congrès intercontinental des peuples autochtones, au Mexique;
- au premier Sommet mondial de l’alimentation, à Rome, où le Conseil s’est assuré que les sources de nourriture sauvage des peuples autochtones font l'objet d'une préoccupation internationale;
- à l’Initiative autochtone pour la paix, à laquelle M. Moses a contribué de concert avec Rigoberta Menchu Tum;
- à l'entente de jumelage signée par le Grand Conseil des Cris avec le gouvernement régional de la Vénétie, en Italie;
- avec le Groupe de travail des Nations Unies sur les populations autochtones quant au non-respect des obligations de la CBJNQ, du droit des Cris à l’autodétermination et autres sujets;
- avec l'ONU, auprès de laquelle le Grand Conseil a obtenu, en 1999, une décision du Comité des droits de l’homme à l’effet que la politique canadienne d’extinction des droits des peuples autochtones contrevenait au Pacte international relatif aux droits civils et politiques;
- avec l'ONU également qui, en 1999, a approuvé la création du Forum permanent des peuples autochtones, qui a vu le jour en mai 2002;
- avec l’Organisation mondiale de la santé, que le Grand Conseil et le D r Robert Harris du Conseil cri de la santé et des services sociaux ont informé, en 1999, du problème de logements surpeuplés et insalubres au sein des communautés cries, notamment à Chisasibi;
- en 2001, à la Conférence mondiale contre le racisme à Durban, à laquelle le Conseil a envoyé une délégation pour faire comprendre l’importance pour les peuples autochtones de bénéficier de la protection des conventions internationales sur les droits de la personne et distribuer 12 000 copies, en français et en anglais, d’une publication sur le racisme dont souffrent les peuples autochtones au Canada;
- en 2002, au Groupe de travail sur les populations autochtones, devant lequel le Conseil a présenté la nouvelle entente entre les Cris et le Québec, notamment le fait qu’il s’agit d’une reconnaissance et d'une concrétisation de l’entente sur le droit international des Cris à l’autodétermination. De plus, le Conseil a noté la démarche novatrice du gouvernement du Québec pour reconnaître les principes de droits de la personne aux peuples autochtones.
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